4e épisode : La grande épreuve de mon enfance

 
 
 

Introduction :

Durant mon enfance, j’ai connu une blessure fondamentale qui m’a atteinte dans tout mon être. Je la porterai, plus ou moins consciemment, durant toute ma vie. J’hésite à la mettre au public ici, mais vous verrez que cette épreuve a été l’occasion de l’éveil d’une vocation, d’abord à l’enseignement puis ensuite à la vie religieuse missionnaire. Je souhaite à tous les lecteurs de ne pas s’arrêter sur une grande blessure de la vie mais de lire le message qu’elle porte avec elle et de retrouver le bonheur pour lequel on a été créé.

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A l’âge de sept ans, je connais une bien grande épreuve qui aurait pu engendrer de gros problèmes psychologiques par la suite. Je me sens rejetée par la bonne religieuse, ma maîtresse de deuxième année. Je sens une antipathie très grande et tout me déplaît dans cette femme. Ma mère tente de me faire parler sur cette antipathie, il doit y avoir une raison. Plus tard, je me souviendrai. L’incident est le suivant.

Un matin, je revêts une robe toute neuve. Elle est en flanelle (flanellette), avec de belles fleurs rouges. Je la trouve belle, mais trop longue. Je demande à maman de la couper, elle refuse en me disant que ce tissu diminue après le lavage. Pas question de laver la robe avant de l’avoir portée. Je me rends donc à l’école « le grain serré » comme on dit, veut dire anxieuse de voir la sœur rire de moi. Dans la cour de récréation, je reçois toutes les félicitations des élèves : Oh Lise, tu as une belle robe neuve. C’est joli. Je me gonfle de vanité. La bonne sœur arrive et sa remarque est la suivante : qu’est-ce que tu as l’air ce matin? Une grand-mère avec une robe trop longue. Elle se met à rire frénétiquement et me dit : demande à ta mère de couper cette robe, ça ne te va pas du tout. Les petites élèves partagent ma honte, ma tristesse et ma déception. À partir de ce jour, je prendrai cette sœur en aversion et tout en elle me déplaira. Je pourrais en écrire très long sur cette triste histoire.

Aujourd’hui, j’appellerais cela de l’intimidation, de l’acharnement psychologique, même, du mépris. Je refuse d’aller à l’école. Le choc est si grand que ça me rend malade. A l’heure du départ pour l’école, j’ai de la température, je vomis parfois.

Souvent ma mère vient me reconduire jusqu’à l’école en me frappant sur les jambes avec un petit fouet. Je pleure à chaudes larmes et c’est en pleine crise qu’on me rentre dans la classe devant les désarrois de mes compagnes. Ma place est à la queue, place assignée par la sœur. Si, pendant un combat de chiffres ou d’histoire, je peux passer à la première place parce que je suis la seule à connaître la réponse, en raison de ma bonne mémoire, la sœur me dit : ta place c’est la queue, c’est là que tu restes.

Un jour la Mère Provinciale vient visiter notre classe. J’avais une tante dans cette congrégation. La mère provinciale remarqua ma place et me dit : comment la nièce de Sr Ste Cécilius est à la queue de sa classe! Ne voulant pas perdre la face, je dis, c’est que toutes les élèves après moi sont absentes aujourd’hui. La mère provinciale et ma maîtresse ont éclaté de rire, d’un même sourire moqueur, cela me blesse le cœur. Puis la Mère demande aux élèves : Quelles sont celles qui vont faire des sœurs? Oh non, certainement pas moi. Elle les fait se lever pour voir mieux combien entreront dans la vie religieuse. J’étais la seule assise sur mon banc, fière de répondre : non, je ne ferai pas une sœur, je vais me marier et j’aurai plusieurs enfants comme ma mère. J’étais sûre d’avoir choisi la meilleure part.

Cette persécution atteint son sommet lorsqu’un jour, elle me fait mettre debout devant la classe et appelle également une autre fillette, pas très intelligente, mais docile et obéissante. Elle dit alors comme une prière : « je demande au bon Dieu de t’enlever ton intelligence, à toi Lise Hamel, pour la donner à la compagne à côté de toi, car elle, elle saura l’utiliser ». J’étais une enfant émotive et pleine d’imagination. Alors, je vois comme un fluide sortant de ma tête et entrant dans la tête de ma compagne. Je fonds en larmes et je pleure jusqu’à la maison. Ma mère me demande : que t’arrive-t-il encore ? Ma réponse a travers les sanglots : La sœur m’a enlevé mon intelligence et l’a donnée à une autre petite fille.   Voyant ma grande peine, ma mère n’a pas ri, mais elle me dit : c’est le bon Dieu qui donne l’intelligence, personne ne peut l’enlever. J’aurais aimé croire ma mère, mais devant la détermination et la force diabolique de la sœur, j’ai cru que c’était elle qui avait raison. Je ne me sens plus intelligente. Je tremble de peur devant les examens, je développe un complexe d’infériorité. Toute ma vie, je serai très stressée lors d’un test quelconque à faire. J’étais vaincue. Par après, j’ai perdu la mémoire de tous mes succès. Je croyais que j’avais été à la queue de ma classe durant toutes mes études au primaire.

Heureusement, une sœur de ma congrégation, compagne de classe, m’entendant raconter cela dit : non, ce n’est pas vrai, tu étais, pour la plupart du temps la deuxième de la classe avec quelques points de moins que la première, qui était cette compagne elle-même.

Lorsque j’arrive en septième année, cette sœur sera encore mon professeur. Désespérée, je prends la dernière place en arrière et cache mes larmes. Elle s’approche de moi avec son petit sourire malicieux et me dit : tu n’es pas contente d’être dans ma classe? La réponse vient rapidement : non, je ne suis pas contente. Elle riposte aussitôt : moi non plus. C’est ainsi qu’une nouvelle année s’annonce. C’est l’année du certificat (examen de l’état) et elle me dit : tu vas manquer ton certificat. Pour la faire mentir, avec l’encouragement de mes parents et des autres membres de ma famille, je redouble d’ardeur et j’ai très bien réussi. Pour comble de malheur, je retrouverai cette même sœur comme professeur en huitième année. Je suis assez mature pour comprendre que cette femme est une malade. J’abandonne la lutte, je l’ignore complètement. Jamais je ne reçois un sourire et je crois que jamais je ne lui en donne. Ce qui est ma force durant toutes ces trois années de difficultés à l’école, ce sont les élèves qui me montrent de la sympathie et de l’amitié. Elles n’ont jamais été solidaires avec cette sœur dans ses agissements désagréables et injustes.

Un jour, alors que j’étais religieuse, dans l’autobus qui me conduisait à Ottawa où j’étudiais pour un bac en théologie, je croise cette sœur. Elle me reconnait et me dit surprise : tu as un costume religieux, donc, te voilà sœur. Que fais-tu maintenant? Je réponds avec fierté : un bac en théologie, je suis missionnaire de Notre –Dame des Anges. Elle dit : toi qui détestais tant l’école, tu as pu étudier si longtemps ; je n’ai pu retenir ma remarque de vengeance et lui dit : Vous êtes-vous déjà demandé si c’était l’école que je détestais! Elle comprit mon insinuation! Je ne l’ai plus jamais revue.

Ce fut l’évènement qui a le plus marqué ma vie. Cette difficulté a fait naître en moi le grand désir de devenir professeur pour aimer mes élèves et leur faire du bien. Déjà à l’âge de huit ans, je rassemble les enfants de la rue le samedi et je leur enseigne. C’est pour moi le plus beau jeu. J’ai toujours plusieurs élèves. A cet âge aussi je suis excellente dans le théâtre et même pendant mon adolescence, avec une cousine, nous organisons des pièces de théâtre et nous avons plein de spectateurs.

à suivre…

Pour lire l’épisode # 5, cliquez sur ce lien

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