3ème partie « L’histoire de S. Thérèse Gauthier » : la vie missionnaire

 
 
 

Voilà Thérèse maintenant prête à se voir confier sa première mission.

La guerre faisant rage, Thérèse ne peut se rendre en Chine, elle part plutôt pour Victoria en Colombie Britannique.   En effet, les Sœurs missionnaires Notre-Dame des Anges acquièrent deux maisons là-bas. Puisque le seul moyen pour aller en Chine à cette époque est par bateau via la Colombie Britannique, il est ainsi plus facile de voyager. 

Il s’agit de  maisons de style anglais.  La première sert de maison de pension où on y loue plusieurs chambres.  La seconde quant à elle, est une maison d’enseignement où l’on apprend à des jeunes à lire et écrire en anglais.  La clientèle est en partie chinoise.

‘’… L’ancien propriétaire taillait les arbres en forme d’animaux, c’était très joli.  Il avait accepté de nous vendre la maison à condition que l’on continue de tailler les arbres de cette façon pendant une période de 15 ans… C’était sérieux, car il passait de temps en temps voir si nous respections les conditions …’’

 C’est à Victoria que  Thérèse fait connaissance avec Sœur Marie Gabrielle, l’une des deux co-fondatrices de la communauté.  Évidemment, sœur Thérèse est déçue de ne pas partir en Chine, puisque c’est le chemin qu’elle souhaite suivre depuis le début de sa vocation.

‘’… je ne pouvais pas partir en Chine à cause de la guerre, mais je me suis dit que je n’avais qu’à attendre qu’elle se termine  et qu’ensuite, je serais envoyé là-bas … ‘’

Mais ce n’est pas pour maintenant puisque la guerre sévit toujours. Durant cette période d’ailleurs,  le gouvernement canadien internait les japonais installés aux pays.  Les enfants japonais ne recevaient qu’une scolarisation primaire fournie par l’état. 

Les sœurs Notre –Dame des Anges vont donc s’installer à New Denver dans les Rocheuses, afin de combler le manque de scolarisation et ainsi fournir une éducation secondaire aux enfants japonais.  Thérèse se joint aux 4 autres sœurs et intègre la Notre-Dame High School pour y enseigner l’anglais et la latin aux japonais.  Elle y restera 1 an, jusqu’à la fin de la guerre  puisque désormais les japonais peuvent à  nouveau circuler librement et réintégrer les écoles publiques.

Une fois la guerre terminée, on demande à sœur Thérèse de retourner à Victoria et de poursuivre les enseignements de l’anglais dans l’une des deux missions.  Elle y restera de 1947 jusqu’en 1953.  Bien qu’aimant son travail, sœur Thérèse remet sa vocation en question durant cette période.  Son rêve de quitter pour la Chine ne se réalise toujours pas !  Des questionnements bien légitimes d’ailleurs, qui l’emmene à décider de parfaire sa formation académique et d’obtenir son brevet d’enseignement (Brevet C) et son brevet supérieur au St-Joseph Teacher College à Montréal.

Une fois son diplôme en poche, Sœur Thérèse quitte pour Naugatock au Connecticut (États-Unis).  Elle sera affectée à la mission Sundy School pour y enseigner le catéchisme aux enfants.  Il s’agissait de cours privés qui se donnaient  après les classes régulières.  ‘’… Les enfants arrivaient par autobus des écoles publiques… ils venaient une fois par semaine…’’  Elle y restera deux ans, puis on lui demande à nouveau de retourner à Victoria enseigner l’anglais.  Elle accepte bien sûr et y reste pendant encore 6 ans jusqu’à ce que l’école ferme ses portes définitivement  en 1963.

Sœur Thérèse prend un congé bien mérité et retourne dans sa famille à St-Anne au Manitoba.  Elle séjourne chez son père et sa belle-maman.  Sa chambre est toujours là ! C’est un retour à ses racines familiales.  Elles revoient ses frères et sœurs qu’elles n’a pas vu depuis un bon moment. 

En mars 1964, on lui propose de partir enseigner l’anglais au Pérou.  Elle sera en charge du pavillon primaire (2e à 5e année) du Collège Notre-Dame des Anges. Elle enseignera à 8 classes différentes par semaine.  Une lourde tâche … mais combien gratifiante.

Le collège compte près de 900 élèves et s’adresse aux familles plus aisées. École de haut niveau, la direction doit refuser des élèves faute de places. 

‘’… il y avait  des professeurs spécialisés, et les sports étaient également valorisés.  Nous participions aux compétitions inter-écoles en volleyball, basketball et on gagnait tout le temps…’’

MaIs en 1966, survient un terrible tremblement de terre.  Thérèse est dans l’école, sans les enfants heureusement.

‘’… Tout tombait du plafond, les meubles et les murs bougeaient… j’ai dû courir et passer à travers tous les débris qui tombaient pour réussir à m’en sortir…’’

Heureusement, elle s’en sort indemne même si l’école est détruite.  Elle doit enseigner dans un vieil autobus, le temps de la reconstruction.  L’association des pères de famille du Collège voit à la reconstruction des bâtiments endommagés.

‘’… Je ne pouvais pas habiter au couvent avec les autres sœurs, j’avais trop peur.  Le couvent était endommagé et de voir tout ça me terrorisait… j’avais peur que ça recommence…’’  Sœur Thérèse habite temporairement chez les sœurs grises .

Encore sous le choc, elle retourne à Montréal pour 8 mois.  Ce retour au pays lui fait du bien.  Thérèse  entame une période de renouveau spirituel.  Elle débute également des cours bibliques chez les sœurs de la Providence.  Peu à peu, Thérèse reprend ses énergies et se sent mieux.  La voilà prête à retourner au Pérou.

Elle enseigne l’anglais à la 5e année et supervise les enseignants laïcs des niveaux inférieurs.  Elle effectue également les remplacements lorsqu’ un enseignant doit s’absenter. 

‘’… J’ai toujours préféré enseigner aux  jeunes enfants plutôt qu’aux plus grands.  J’ai plus de patience avec eux.  C’est correct s’ils ne comprennent pas tout de suite, ils sont jeunes …  je peux répéter…. J’ai un peu moins de patience avec les plus grands…’’

Mais comble de malheur, en 1970 survient un autre tremblement de terre. Encore une fois l’école est vide, c’est dimanche.  Cette fois, les 3 pavillons sont détruits et le couvent endommagé.

‘’… Les bibliothèques se promenaient en tous sens sur le plancher … ‘ ’

Terrorisée une fois de plus, Sœur Thérèse voit un médecin qui lui conseille  ‘’… de vivre sur le plancher des vaches …’’  Elle retourne donc à Montréal, là où la terre ne tremble que très rarement !  Elle ne va pas bien. Elle doit se reposer.  Elle reçoit l’aide des sœurs de sa communauté et peu à peu reprend une fois de plus des forces. 

Sœur Thérèse s’inscrit à temps partiel à l’Université de Montréal et débute en Baccalauréat en bible et sciences religieuses.   D’après ses calculs, si elle fait 2 ou 3 cours par année elle devrait avoir fini pour ses 65 ans.   ‘’… Alors  je pourrai enseigner la bible en paroisse …’’

C’est en 1976, qu’elle réalise un de ses rêves … non,  elle ne va pas en Chine, mais part plutôt pour Jérusalem pendant 1 mois.  Elle est accompagnée des professeurs et étudiants des facultés de Montréal, Ottawa et de Sherbrooke.  ‘’… J’ai visité Jérusalem à pied pendant 5 jours, puis le désert de Judée.  Ce fut un voyage mémorable..’’

En 1977, elle propose ses services pour devenir conseillère au Centre de référence du Grand Montréal.  Sa tâche consiste à prendre les appels téléphoniques et répondre aux gens en difficulté.  Comme elle parle couramment trois langue (français / anglais  / espagnol) cela l’aide grandement dans son travail.  C’est un travail qui demande beaucoup d’écoute mais également de jugement.  Il faut diriger les gens aux bons endroits afin qu’ils reçoivent l’aide dont ils ont besoin, et également savoir détecter les cas d’extrême urgence.  Sœur Thérèse passera plus de 13 ans à ce poste.  Elle a maintenant 65 ans et son diplôme universitaire !

Comme prévu, Sœur Thérèse commence les enseignements en paroisse.  Elle est affectée à la Paroisse St-Sacrement (Montréal), et enseigne les cours de bibles aux laïcs qui le désirent. Elle enseigne également dans la Paroisse St-Enfant Jésus où elle s’occupe de toutes les activités de la paroisse.  Le curé lui laisse de la latitude et ses cours sont toujours pleins. 

On la nomme également supérieure locale de la maison située sur le boulevard St-Joseph à Montréal.  Elle doit s’occuper du roulement de la maison et voir au bien-être des sœurs qui y habitent avec elle.

Sœur Thérèse travaille fort mais son âge avance… elle a maintenant 79 ans.  Elle doit penser à se reposer.  En 2003, elle retourne à la maison mère de Lennoxville, où elle a accès à des soins de santé sur place et à un réfectoire ou les repas sont préparés.   Mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’occuper !!!  Sœur Thérèse travaille à la réception, elle répond aux visiteurs qui se présentent au couvent, répond au téléphone et transfère les appels.

Agée maintenant de 90 ans, elle se passionne toujours pour l’étude de la bible.  Si vous entrez dans sa chambre, il y a fort à parier que vous la trouverez en train de lire.  C’est une personne forte  intéressante qui peut discuter aisément de ce qui se passe dans le monde.  Un journal à la main, elle est au courant de l’actualité, l’économie ‘’… y faut bien que je m’occupe l’esprit, j’ai plein de temps maintenant … ’’

Riche d’une vie pleines d’expériences, elle ne regrette en rien tout le chemin parcouru mais elle termine le récit de son parcours tout sourire avec ses mots :

‘’… et le plus drôle, … c’est que je n’ai jamais mis les pieds en Chine …’’

Merci énormément sœur Thérèse d’avoir accepté de ‘’ lever le voile’’ sur vos expériences de vie.  De vous être raconté avec autant d’enthousiasme et de m’avoir permis de comprendre un peu mieux ce qu’est la vie d’une religieuse.  Bon repos bien mérité.

 

Photo Danielle T 2  Par Danielle Tousignant,  Assistante de l’économe générale des sœurs missionnaires de Notre-Dame des Anges.                          

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