2ème partie de « L’histoire de S. Thérèse Gauthier »

Thérèse quitte sa famille du Manitoba en septembre 1942 et vient s’établir à Lennoxville chez les Sœurs Missionnnaires de Notre-Dame des Anges. Débute alors la période du postulat, soit la première étape avant le noviciat et l’engagement perpétuel.

Le postulat dure 9 mois (à cette époque) et vise essentiellement à s’assurer que les postulantes ont fait le bon choix de vie. L’évêque de Sherbrooke, Philippe Desranleau (1941- 1952) les rencontre une à une, et s’assure qu’elles ont une intention sincère.
Il doit vérifier qu’il ne s’agit pas d’une fuite d’un milieu familial difficile ou alors, d’une décision dictée par la volonté parentale. Cette décision doit être libre et éclairée. Les questions sont nombreuses et la vocation missionnaire est également évoquée. Pour Thérèse, il n’y a pas de doutes, elle est certaine de son choix.
Deux jours après son arrivée, on procède à la coupe des cheveux. ‘’… C’est pas grave, ça repousse …’’ et sa nouvelle routine de vie prend forme :
‘’…Levée à 5 heures du matin… c’était dur pour moi au début, je n’avais pas l’habitude de me lever à cette heure-là. Ensuite, on se lavait à la main, parce qu’il n’y avait pas de douche, puis on se rendait à la chapelle pour la prière du matin qui durait 20 minutes. Il s’agissait en fait d’une période de méditation où la plupart du temps, je finissais par m’endormir. ..’’
‘’…Puis, on déjeunait juste avant la messe du matin officiée par les Pères Franciscains…’’

Pour les postulantes, il s’agit d’une période d’adaptation. E lles doivent se familiariser avec la constitution et les règlements de la communauté.
‘’… il nous était permis de sortir du couvent pour aller chercher le courrier au village, mais nous devions y aller deux par deux… ‘’

La langue est également un défi pour Thérèse. Bien qu’étant Franco-manitobaine, l’accent et les expressions québécoises lui causent bien du mal. On lui demande souvent si elle est anglophone ‘’… je n’aimais pas beaucoup me faire poser cette question parce que mon père avait tenu particulièrement à notre éducation en français et pour moi c’était comme renier son travail…’’

La liste des tâches est également établie et chacune doit y participer.
‘’… Nous devions alimenter le poêle au charbon une fois par jour en équipe de deux, soit le soir ou le matin, il y avait aussi les planchers de la chapelle à nettoyer à genoux, la cuisine et le ménage. Nous avions la même tâche pendant un mois puis on alternait. Il n’y avait pas de laïcs engagés comme aujourd’hui, on se débrouillait pour tout faire toute seule… et ce n’était pas si mal … ‘’

Au niveau de l’enseignement, les postulantes étudient le catéchisme de persévérance dans la foi et la Somme de St-Thomas d’Aquin. Elles font également tous les vendredis le chemin de la croix avec lecture à chacune des stations. ‘’… Mais pas question de lire la bible parce qu’à cette époque, l’évangile était lu à l’office seulement, nous aurions pu mal interpréter les écritures…’’
Le premier Noël de Thérèse dans sa communauté arrive déjà, nous sommes le 24 décembre 1942. Normalement chez elle c’est le réveillon, mais ici, elle se prépare à se retirer au dortoir pour faire pénitence. ‘’… on me dit alors : où vas-tu comme ça ? C’est le réveillon, viens on va réveillonner toutes ensembles. J’étais tellement surprise et heureuse, il y avait un sapin, des décorations et même des cadeaux pour nous toutes… Je ne m’attendais pas à ça !’’
Thérèse et les autres postulantes reçoivent une boîte contenant du tissu. Elles doivent confectionner leurs habits pour l’entrée au noviciat le 1 juillet prochain à la Fête du Précieux-Sang de Jésus. La boîte contient du tissu, un voile de soie et un scapulaire. Il ne reste que six mois avant la prise d’habit.

Le noviciat :
Début de la deuxième étape, celle du Noviciat pour une durée d’un an. Lors de la prise d’habit Thérèse doit également changer son nom de baptême. Elle doit écrire trois noms parmi lesquelles le conseil local de la communauté choisira. Elle se nommera désormais Sœur St-Conrad (Conrad étant le nom de son père). Il s’agit en quelque sorte d’une renaissance, d’une porte ouverte vers une nouvelle vie. Elle porte désormais une robe en crêpe blanche, un scapulaire noir avec collet romain, un voile en coton blanc attaché avec une médaille de même qu’un chapelet (couronne franciscaine) de 7 dizaines au lieu de 5, attaché à la tunique.
L’enseignement des vœux s’ajoute à sa formation, soit les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. La maitresse des novices les encadrent et les forment. Elle doit les préparer en vue de l’acceptation des vœux temporaires en juillet 1944. C’est également à ce moment-là que Sr Conrad se verra assignée à sa première mission.

Mais d’ici là, elle doit également confectionner son trousseau soit : 3 paires de culottes boutonnées au-dessus du genou, 3 camisoles d’hiver et d’été et 3 jupons à grandes poches.
‘’… Mais moi, j’étais la seule qui n’avait pas appris à coudre à la maison et à vrai dire, je détestais ça ! La maitresse des novices m’a offert de coudre à ma place, à condition que j’accepte de fabriquer au moins un morceau de chaque vêtement. OUF ! J’étais soulagée. J’effectuais d’autres tâches pour compenser, comme la cuisine, j’aimais bien cuisiner…’’
Son deuxième Noël au couvent est toutefois beaucoup plus triste que le premier. Pendant la période de l’Avent et du Carême, aucune lettre n’est remise aux novices pour ne pas les déconcentrer. Les lettres s’accumulent et sont toutes remises à Noël. C’est à ce moment que Sr St-Conrad apprend que sa mère est souffrante et est hospitalisée depuis déjà quelques semaines. Le 26 décembre 1943, elle reçoit un télégramme lui apprenant que sa mère est décédée.
‘’… J’ai décidé de ne pas retourner chez moi, je devais être accompagné d’une religieuse, je ne pouvais pas partir seule. Il y avait bien une sœur disposée à m’accompagner mais j’ai décidé de rester. Le train étant le seul moyen de transport, je serais arrivé trop tard … J’écrivais à mon père de façon régulière et il me répondait, nous avons toujours été proche … ‘’
‘’… A cette époque mon frère se préparait également à partir en Europe pour prendre part à la deuxième guerre mondiale, il était affecté au corps médical. Nous nous écrivions régulièrement. Heureusement, il n’est jamais allé au front, et pour cette raison, son service militaire a duré deux années de plus … ‘’

Nous voilà en juillet 1944, Sr St-Conrad prononce ses vœux temporaires pour une période de 3 ans. Ensuite seulement viendront les vœux perpétuels. C’est également la prise des nouveaux habits. Comme la famille est très loin, personne n’assiste à la cérémonie, mais une de ses cousines délègue deux de ses amies personnelles pour accompagner Sr St-Conrad. ‘’… Je ne les connaissais pas du tout, mais j’étais très touchée de cette attention de ma cousine… ‘’

Une fois les vœux prononcés, Sr St-Conrad est maintenant prête à se voir assigner sa première mission. Les besoins missionnaires sont grands, mais n’oublions pas que nous sommes en période de guerre mondiale, est-ce que Sr St-Conrad partira enfin pour la Chine comme elle le souhaite tant ? Voyez dans la 3e et dernière partie quels seront les chemins qu’elle empruntera, quels seront les défis qu’elle aura à relever. Et comment à 90 ans, elle réussit à jeter un regard sur toutes ces années missionnaires.  À suivre…

 

Photo Danielle T 2 Par Danielle Tousignant,

 Assistante de l’économe générale des sœurs missionnaires de Notre-Dame des Anges.

 

 

3 Comments

  1. by Richard Girouard on 23 décembre 2014  9 h 41 min Répondre

    Bonjour:
    Je m'appelle Richard Girouard, anciennement du Manitoba et je suis présentment à Montreal. Je suis un petit cousin de Soeur Thérèse Gauthier. Ma mère Béatrice (Beaugrand dit Champagne) Girouard est cousine germaine avec Soeur Thérèse et le père de Soeur Thérèse était le parrain de ma mère. Je travail sur la Généaligie de la famille des Champagnes depuis 1978, et j'aimerai savoir si je peut utiliser cette article pour mon livre.

    • by Missionnaires-MNDA on 24 décembre 2014  11 h 00 min Répondre

      Bonjour Richard !
      Bien sûr que oui ! vous pouvez utiliser ces 3 articles que nous avons écrits sur la vie de S. Thérèse. Je pense que S. Thérèse va être contente d'avoir vos nouvelles...

  2. by Lise Hamel on 1 décembre 2014  8 h 14 min Répondre

    Toutes mes félicitations à Danielle qui a rendu si bien ce témoignage en racontant la vie de notre Soeur Thérèse Gauthierl Tu aurais dû être journaliste ou historienne! . L'histoire devient vivante et suscite des émotions chez le lecteur. Je connais Soeur Thérèse et je la vois en lisant ton texte. Merci Danielle!.

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