10e épisode : Premier départ en mission

 
 
 

Introduction :

Le grand moment est arrivé : le départ. Dieu me réserve deux grandes consolations : je ne suis pas seule, ma compagne, c’est ma propre sœur qui, après un congé de quelques mois, retourne à sa mission. Nous serons ensemble, et pour le voyage et pour la mission. Je n’avais jamais nourri un tel désir. Une autre consolation : en passant à Rome, nous assisterons à l’ouverture du Concile Vatican II et nous visiterons Assise le pays de notre Père François d’Assise. Le Seigneur est plein de délicatesse pour ses missionnaires.

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Ma sœur Thérèse revient du Congo au Canada pour son congé. Mère Générale me fait demander à son bureau et me pose la question : aimeriez-vous partir en mission avec votre sœur au Congo? Je suis très surprise d’une telle demande. Ma réponse est sans équivoque : je ne suis pas entrée chez les MNDA pour aller en mission avec ma sœur, mais si vous me l’offrez, ce sera pour moi une bien grande joie.

Mère Générale m’explique la raison de son choix : elle n’a jamais eu de sœur propre, ce qui lui a manqué toute sa vie. Quand je vois deux sœurs, dit-elle, j’ai le goût de les mettre ensemble, mais tout dépend de la relation entre elles, c’est pourquoi je vous le demande. Je précise que ma sœur est pour moi, une grande amie et une bonne confidente. Donc, la décision est prise et elle me dit : après le congé de votre sœur, vous partirez avec elle. C’est elle qui vous aidera dans votre adaptation à la vie missionnaire. Elle-même est une excellente missionnaire. Ma sœur est aussi heureuse que moi d’apprendre la nouvelle. Mes parents ont des sentiments mélangés : ils sont heureux de nous voir partir ensemble, l’une veillera sur l’autre. Mais le sacrifice est double, ils perdent deux filles en même temps. Cette grande épreuve projette ma mère dans une dépression qui durera quelques années.

Le voyage n’est pas facile pour se rendre au Congo en 1962. Nos supérieures nous permettent de passer par l’Italie pour assister à l’ouverture Concile Vatican II. Quelle expérience! Nous sommes toutes deux sur la place Saint-Pierre, tellement heureuses que notre sourire et notre costume surtout, tout de blancs vêtus attirent les regards de certains photographes. Nos Sœurs, aux États-Unis verront l’une de ces photos sur un magazine américain. Nous restons à Rome toute une semaine puis nous nous rendons à Assise. Quelle joie de marcher sur la terre de François d’Assise. Nous sommes très émues et nous nous rendons à la petite chapelle pour remercier le Seigneur et Saint François notre bien-aimé Père.

Heureuse rencontre! Un prêtre de Montréal se prépare à dire sa messe. Il est seul et attend une assistance quelconque, car il n’est pas autorisé à dire la messe seul à cette époque. Nous recevons sa bénédiction le cœur rempli de joie. Nous prenons l’avion pour nous rendre au Congo via Bruxelles. Grand problème pour avoir un vol entre Kinshasa la capitale du Congo et Lisala, diocèse où se trouvent nos deux missions. Les Sœurs de Roby nous attendent depuis si longtemps que, découragées, elles mangent le gâteau préparé pour nous, car il perd sa fraîcheur.

Nous arrivons, presque par miracle, à notre mission, située à trente kilomètres du fleuve. C’est la nuit, il fait noir, sans électricité et Thérèse qui connait le lieu court frapper à la porte du dortoir laissant Lise dans la complète obscurité. Les Sœurs, si heureuses de revoir leur compagne oublient qu’il y en a une autre dehors qui attend d’être accueillie aussi. Les sœurs allument les lampes et nous causons une bonne partie de la nuit. Quelle joie! Le matin, c’est le défilé des gens autour qui viennent d’apprendre la nouvelle du retour de Sœur Thérèse avec sa propre sœur, nouvelle missionnaire. À la messe, nous recevons un accueil des plus chaleureux.

La première aventure missionnaire commence. Dès le premier contact, je suis très à l’aise avec ces gens simples et si accueillants. Ils me trouvent tellement belle avec les joues bien pleines et les mollets gros et bien gonflés.   Pour eux, c’est une des parties les plus belles du corps féminin.

Je me mets immédiatement à l’étude du lingala avec Sœur Blandine, la directrice de l’école. Dans un message spécial, l’évêque me demande de prendre la classe des grandes filles, il y a grève de l’enseignement parce que les professeurs ne sont pas payés. Quel défi ! Impossible de refuser cela à l’évêque. Je me lance donc et prends tout mon temps libre pour préparer mes leçons avec Sr Blandine. Je dois écrire toute la leçon et la lire en classe. C’est ainsi qu’après trois mois, je peux m’exprimer en lingala et enseigner sans trop de difficulté.

à suivre…

Par Soeur Lise Hamel (Soeurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges)

6 Comments

  1. by Jean Beloin on 12 octobre 2016  0 h 00 min Répondre

    ... je ne suis pas entrée chez les MNDA pour aller en mission avec ma sœur, mais si vous me l’offrez, ce sera pour moi une bien grande joie. J'ai bien aimé cette réponse qui souligne bien, à mon point de vue, votre abandon et votre désir de faire la Volonté du Seigneur, exprimée par la voix de vos supérieures, et non pas la vôtre (sinon, bien sûr, votre volonté de Le suivre de la façon qu'Il vous y invitera).
    Cet épisode m'a particulièrement ému car il m'a rappelé mon propre départ pour le Congo (Appelé Zaïre à cette époque) en 1973.
    F. Jean Beloin

    • by Lise on 12 octobre 2016  21 h 09 min Répondre

      Votre témoignage, Jean, m'a émue. Vous me lisez et me comprenez avec votre coeur missionnaire. Il y a eu des moments difficiles au Congo: rébellion de 1962 qui nous a fait quitter le pays en catastrophe et le retour après 13 mois. Aussi le t Mouvement pour l'authenticité en 1974. Nous vivions dans une grande insécurité mais le Seigneur nous entourait de sa présence réconfortante. Ce fut des moments inoubliables.!.

  2. by Carole on 10 octobre 2016  21 h 44 min Répondre

    Comme votre histoire est si belle, tellement interressant , enrichissant. J'ai déjà hâte au prochain épisode. Un grand merci a vous.

    • by Anonyme on 11 octobre 2016  21 h 12 min Répondre

      Merci Carole. N'est-ce pas merveilleux! Comment je ne croirais pas en la présence de Dieu. Il a été présent à moi toute ma vie. Je crois qu'il en est ainsi pour tout le monde, tout dépend de notre degré de conscience, de foi en cette réalité comblante!

  3. by Hélène Trudeau on 10 octobre 2016  20 h 04 min Répondre

    Ouf quel défi à rencontrer : enseigner dans une langue...presqu'inconnue ! Bravo Sœur Lise. J'ai très hâte de lire la suite. Merci et à bientôt.

    • by Anonyme on 11 octobre 2016  21 h 15 min Répondre

      Merci pour ton encouragement Hélène. Oui, c'est la grande difficulté quand on arrive dans un pays étranger. Mais on a l'encouragement de notre entourage qui se réjouit avec nous de nos progrès.

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