Paix et combat spirituel

 
 
 

26 février 2018

« Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive », affirme Jésus. L’atrocité de la guerre ne facilite pas la compréhension de cet extrait. Hier encore, évoquant la situation dramatique de la Syrie, le pape François déclarait: « La guerre est un mal. » Comment alors comprendre ce passage des Évangiles?

« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10, 34). De nos jours, cet extrait a tendance à laisser perplexe. Non seulement parce qu’il contraste avec d’autres passages du Nouveau Testament, mais surtout parce qu’il a recours à un vocabulaire guerrier. Il s’éclaire cependant dès lors qu’il est envisagé à partir du combat spirituel…

Combat spirituel

Comme l’évoquait récemment le Père Duloisy, la notion de combat spirituel est de plus en plus ignorée, « sans doute à cause de sa connotation trop guerrière. » L’univers guerrier n’est pas en vogue. Le Père Deloisy explique que le rejet du vocabulaire et de l’univers guerrier vient du fait que « l’on a tendance à ignorer les enjeux de vie et de mort dans notre existence. Les progrès de la modernité nous ont peut-être donné un trop grand sentiment de sécurité. »

Et pourtant le Salut de l’âme n’est pas un luxe frivole. Il est vital, et pas seulement de façon symbolique : « Car le salaire du péché, c’est la mort », écrit Saint Paul (Romains 6, 23).

La vie est un combat, la foi de même. Un combat contre le péché, c’est-à-dire contre Satan. Benoît XVI ne manquait pas de le rappeler, lorsqu’il commentait l’extrait qui nous intéresse : « Cette expression du Christ signifie que la paix qu’Il est venu apporter n’est pas synonyme d’une simple absence de conflits. Au contraire, la paix de Jésus est le fruit d’un combat permanent contre le mal. La lutte que Jésus mène avec détermination n’est pas une lutte contre des hommes ou des puissances humaines, mais contre l’ennemi de Dieu et de l’homme, Satan. »

Tout choix implique de « trancher »

La foi suppose donc un choix. Un choix est une décision, cela implique de « trancher », comme le rappelle le Père Marie-Joseph le Guillou: « Le Seigneur sème la division car la Parole de Dieu est tranchante. […] Dès que le Christ paraît, il nous engage. Il nous engage directement, immédiatement, il nous appelle à nous définir pour ou contre lui. Il n’y a pas d’autre solution. » L’explication du Père Marie-Joseph le Guillou réfère ainsi en même temps à un autre extrait « dérangeant » : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12, 30). La nature même du choix, de la décision, consiste à renoncer à certains possibles. L’image du glaive illustre ce principe.

Un engagement qui peut être lourd de conséquences

Mais notre extrait peut encore être envisagé d’une autre manière. Si la conversion implique de « trancher », de se décider une fois pour toute entre le Christ ou Satan, les conséquences d’une telle prise de décision peuvent être dures. La conversion peut être mal reçue par l’entourage, elle peut être source d’incompréhension, voire de division. Ainsi, Benoît XVI fait remarquer que: « Celui qui veut résister à cet ennemi [Satan] en restant fidèle à Dieu et au bien, doit nécessairement faire face à des incompréhensions et parfois de véritables persécutions. Par conséquent, ceux qui entendent suivre Jésus et s’engager pour la vérité sans faire de compromis, doivent savoir qu’ils rencontreront des oppositions et deviendront, malgré eux, signe de division entre les personnes, y compris au sein de leurs propres familles. »

Signes de division, les chrétiens peuvent l’être lorsqu’en témoignant de l’amour de Dieu, ils se retrouvent pris pour cible au sein d’un déferlement de violence.  Le Christ  a été le premier sur cette voie.  Les martyrs chrétiens l’ont illustré et l’illustrent encore en Orient ou ici même, en Europe. Le Père Jacques Hamel en est la triste preuve.

Combattre pour la paix

La conversion n’est donc pas un chemin paisible. Du point de vue du combat spirituel, le disciple du Christ est bien un combattant, et c’est effectivement le glaive que Jésus est venu apporter. Mais de ce combat résulte une paix profonde, car le combat du Christ n’est pas orienté vers la discorde, mais vers l’unité. Et même si par leur choix, les chrétiens peuvent apparaître comme des « signes de division », en se convertissant au Christ, ils deviennent fondamentalement des « instruments de sa paix », selon l’expression de saint François d’Assise. Or, tout comme la violence de la barbarie n’a rien de commun avec le glaive qui nous est offert en Jésus, la paix de Dieu ne résulte pas de nos péchés. Il ne s’agit pas d’une paix facile, qui cache son inaction derrière un pacifisme confortable. Ainsi en 2015, des femmes syriennes et chrétiennes se sont rassemblées pour lutter contre Daesh. Elles n’ont pas seulement défendu leur famille et leur religion, mais au risque de leur vie, leur combat a aussi servi les familles musulmanes de la région qui souffraient de l’oppression de Daesh. Qui les condamnerait? Ce bataillon de cinquante combattantes pouvait-il faire autrement que de prendre les armes, vu l’ennemi qui leur faisait face? D’ailleurs, au lieu de condamner, mieux vaudrait, à l’exemple de ces femmes, viser la paix de Dieu, qui ne peut être obtenue que par un dévouement sincère, un amour inépuisable, une foi sans cesse mise à l’épreuve et sans cesse victorieuse.

MMH

Source : https://fr.aleteia.org

 

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