Les trois « dons » que Macron attend des catholiques de France

 
 
 

10 avril 2018

Emmanuel Macron s’est exprimé pendant une heure lundi 9 avril en début de soirée devant quatre cents personnalités représentants le monde catholique français.

Voici des points clés de son discours :

Emmanuel Macron a commencé par évoquer la mort du colonel Beltrame le 23 mars : « Lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme », a-t-il affirmé, en commentant le sacrifice de l’officier. Il a ensuite mentionné les bâtisseurs des cathédrales et Jeanne d’Arc, l’Union sacrée de 1914, les résistants de 1940, les Pères de l’Europe et les inventeurs du syndicalisme moderne, ainsi que le père Hamel.

« La République attend beaucoup des catholiques »

Le président de la République a appelé de façon récurrente les catholiques à ne pas se tenir sur le seuil de la vie politique. « Je considère de ma responsabilité de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique et des politiques », a-t-il affirmé, regrettant que « pendant plusieurs années, les politiques (aient) profondément méconnu les catholiques de France ». « Je ne puis me résoudre à cette déprise », a-t-il ajouté. « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. »

Pour lui, le questionnement de l’Église catholique « intéresse toute la France parce qu’il repose sur une idée de l’homme, de son destin, de sa vocation ». « Je suis ici ce soir pour vous demander solennellement de ne pas vous sentir aux marches de la République mais de retrouver le goût et le sel du rôle que vous avez toujours joué. »

Emmanuel Macron explique que « la République attend beaucoup des catholiques. Elle attend très précisément que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse, le don de votre engagement, le don de votre liberté ».

Premier don, la sagesse

Le don de la sagesse, car « nous avons besoin de donner un cap à notre action, et ce cap, c’est l’homme. Or il n’est pas possible d’avancer sur cette voie sans croiser le chemin du catholicisme ». « Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense », a-t-il reconnu.

Emmanuel Macron plaide pour un dialogue humaniste et concret entre l’Église et l’État. « Le politique et l’Église partagent cette mission de mettre les mains dans la glaise du réel, de se confronter tous les jours à ce que le temporel a de plus temporel. »

« En écoutant l’Église sur ces sujets, nous ne haussons pas les épaules. Nous écoutons une voix qui tire sa force du réel et sa clarté d’une pensée où la raison dialogue avec une conception transcendante de l’homme. Nous pouvons faire notre nombre de ses points. »

« Mais cette voix de l’Église, nous savons vous et moi qu’elle ne peut être injonctive. Parce qu’elle est faite de l’humilité de ceux qui pétrissent le temporel. Elle ne peut être dès lors que questionnante. »

« Nous devons oser fonder notre relation sur le partage de nos incertitudes », ajoute-t-il. « La part catholique de la France, dans l’horizon séculier, instille la question intranquille du salut. »

Deuxième don, l’engagement

Le deuxième don, poursuit Emmanuel Macron, est celui de l’engagement. « Ce qui grève notre pays, c’est le relativisme. C’est même le nihilisme », affirme-t-il. Mais « vous êtes aujourd’hui une composante majeure de cette partie de la nation qui a décidé de s’occuper de l’autre partie, celles des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse. Les Français ne mesurent pas toujours cette mutation de l’engagement catholique. »

« Mais je suis venu vous appeler à davantage encore », lance-t-il. « Je crois que la politique, si décevante qu’elle ait pu être aux yeux de certains, si desséchante parfois pour d’autres, a besoin de l’énergie des engagés, de votre énergie. Elle a besoin de l’énergie de ceux qui donnent du sens à l’action et qui placent en leur cœur une forme d’espérance. »

« Cette place est aujourd’hui à prendre », a-t-il insisté. « Le don de l’engagement que je vous demande, c’est celui-ci : ne restez pas au seuil. Ne renoncez pas à la République que vous avez si fortement contribué à forger. Ne laissez pas en friche les terres que vous avez semées. Ne retirez pas à la République la rectitude précieuse que tant de fidèles anonymes apportent à leur vie de citoyen. »

Troisième don, la liberté

« Et le troisième don que vous pouvez faire à la nation, c’est celui de votre liberté », a poursuivi Emmanuel Macron. « La première liberté dont l’Église peut faire don, c’est d’être intempestive. Elle doit être un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant. »

« Ce que j’attends que l’Église nous offre aussi, c’est sa liberté de parole, qui présente souvent la particularité de rappeler les devoirs de l’homme. Envers soi-même, son prochain, ou envers notre planète. » Liberté aussi, selon le président de la République, « d’initier, d’entretenir et de renforcer le libre dialogue avec l’islam dont le monde a tant besoin ». « Il n’y a pas plus urgent aujourd’hui qu’accroître la connaissance mutuelle des peuples, des cultures et des religions. »

« Il est enfin une dernière liberté dont l’Église doit nous faire don, c’est de la liberté spirituelle », a-t-il poursuivi. « Nos contemporains ont besoin, qu’ils croient ou ne croient pas, d’entendre parler d’une autre perspective sur l’homme que la perspective matérielle. Ils ont besoin d’étancher une autre soif qui est une soif d’absolu. »

« Nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble »

« L’Église n’est pas tout à fait du monde et n’a pas à l’être », constate Emmanuel Macron. « Cela n’exclut pas la reconnaissance mutuelle de nos forces et de nos faiblesses, de nos imperfections institutionnelles et humaines. Nous devons une bonne fois pour toutes admettre l’inconfort d’un dialogue qui repose sur la disparité de nos natures mais aussi admettre la nécessité de ce dialogue car nous vison chacun dans nos ordres à des fins communes, qui sont la dignité et le sens. »

« Dans cet entre-deux où nous sommes, où nous avons reçu la charge de l’héritage de l’homme et du monde, si nous savons juger les choses avec exactitude ; nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble », a-t-il conclu. « C’est peut-être assigner à l’Église de France une responsabilité exorbitante mais elle est à la mesure de notre histoire et je crois que vous y êtes prêts. Monseigneur, Mesdames et Messieurs, sachez que j’y suis prêt aussi. »

La Croix
 

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