Comment les chrétiens peuvent-ils agir dans une société qui ne partage plus leurs valeurs ?

 
 
 

Gauthier Vaillant , le 05/03/2018 à 17h18

Comment les chrétiens, devenus minoritaires, peuvent-ils exister et agir dans une société qui ne partage plus leurs valeurs ?

Plusieurs essais récents s’emparent de cette question, en écho à la réflexion de beaucoup de catholiques français.

 Sont-ce les leçons des dernières élections, lors desquelles les catholiques français se sont particulièrement divisés ? Ou toujours les conséquences de l’épisode du « mariage pour tous » ? Rejoignant Mgr ­Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, qui, au sujet des débats de bioéthique, reconnaissait en janvier dans La Croix que l’Église avait « trop longtemps cru que l’anthropologie qu’elle portait était encore largement partagée », beaucoup de chrétiens font désormais ce constat : les sociétés occidentales dans leur ensemble, ne sont plus structurées par des valeurs chrétiennes.

Néanmoins, la question demeure : doivent-ils s’en retirer ou au contraire trouver de nouveaux moyens d’agir dans cette société qui ne partage plus leurs valeurs ou leurs références culturelles ? La parution récente de plusieurs ouvrages illustre même à quel point elle est pressante. Et à quel point la réponse fait débat.

Les chrétiens ne doivent plus s’épuiser à mener des batailles politiques

Parmi les nouvelles propositions, la plus radicale est sans nul doute celle de Rod Dreher, laïc américain, dont l’essai Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, le pari bénédictin (1), rencontre un succès significatif. Pour cet ancien catholique converti à l’orthodoxie, le constat est sans nuance : l’époque actuelle est hostile aux valeurs chrétiennes, et les chrétiens ne doivent plus s’épuiser à mener des batailles politiques, morales, culturelles, perdues d’avance. En conséquence, écrit-il, « les chrétiens doivent quitter Babylone, s’en séparer soit métaphoriquement, soit littéralement, sans quoi leur foi ne tiendra plus guère que le temps d’une génération ou deux dans cette culture de mort ».

Concrètement, Rod Dreher propose à ses lecteurs de « former une contre-culture chrétienne » en se recentrant sur leur famille, leur voisinage et leur paroisse, en privilégiant l’engagement local, et en menant une vie organisée à la manière d’une communauté monastique. Car Dreher en est persuadé : les logiques à l’œuvre aujourd’hui dans le monde occidental – libéralisme, individualisme, relativisme… – vont s’effondrer d’elle-mêmes un jour. D’ici là, il promet aux chrétiens des heures sombres, les invitant à s’attendre « à de vraies ségrégations ». Par exemple, le refus de cautionner de quelque manière que ce soit le mariage homosexuel va, selon lui, conduire les chrétiens les plus intègres à se couper de professions telles que pâtissier, traiteur ou fleuriste. En somme, il conseille aux chrétiens de « se préparer à la pauvreté et à la marginalisation ». Rien que ça !

« Les chrétiens ne peuvent pas vivre en circuit fermé. »

Avec son titre étonnamment similaire, Le Pari chrétien de ­François Huguenin (2) sonne comme une réponse à Rod Dreher. L’essayiste dénonce par exemple « une illusion communautariste que l’on croise souvent sur les réseaux sociaux : reformer de petites communautés en vase clos ». Le message est clair. Il l’est encore plus quand François ­Huguenin reprend à son compte une phrase du dominicain Thierry-­Dominique ­Humbrecht : « à l’heure de la nouvelle évangélisation, les chrétiens ne peuvent pas vivre en circuit fermé. »

« Cesser de se déchirer sur les questions politiques », et au contraire, embrasser avec cohérence des engagements que l’on a longtemps opposés, voilà la « motion de synthèse » – qui n’a rien d’un consensus mou – que propose François Huguenin aux chrétiens de différentes sensibilités. « Il y aurait contradiction à accepter sans réserve l’économie de marché et à refuser la gestation pour autrui (…). Ou bien à affirmer son refus de l’avortement pour la raison de la défense du plus faible tout en refusant de considérer la vulnérabilité du réfugié qui a fui son pays », affirme-t-il.

Malgré leurs différences, Rod Dreher et François Huguenin partagent tout de même au moins deux éléments majeurs, et assez neufs : le rejet de la politique partisane – le chrétien doit lutter avec la gauche contre le trafic sexuel et militer pour la nation et la famille avec les conservateurs – et le refus du libéralisme économique. Une tendance de fond, que l’on retrouve tout au long d’un autre ouvrage, ­Cathos, ne devenons pas une secte (3), de ­Patrice de ­Plunkett. La dénonciation du libéralisme – en défense du pape François – est au cœur de cet essai de l’ancien directeur du Figaro Magazine. Un point commun inattendu…

Gauthier Vaillant
Source : www.la-croix.com

4 Comments

  1. by Jannik on 9 mars 2018  22 h 11 min Répondre

    Agir en chrétien, témoigner en tant que chrétien Je ne vois rien, dans ce qui précède sur le livre de Patrice de Plunkett, que François Huguenin ne reprenne d’une manière ou d’une autre à son compte. Et d’abord ce sentiment de radicalisation d’une partie de la famille catholique, déjà à l’occasion du débat sur la loi Taubira et plus encore, «de manière hystérique», à la faveur de la présidentielle de 2017. De même souligne-t-il le «trouble» que suscite le pape François chez nombre de fidèles, notamment sur la question des migrants et des réfugiés alors que «Nul chrétien ne peut «par principe»  refuser d’accueillir l’étranger» même si les modalités de cet accueil restent du ressort légitime des Etats. Il valide également l’idée que «l’ultra libéralisme n’est pas chrétien» et que c’est à lui que l’on doit ces prétendues «avancées» sociétales aujourd’hui en débat. Peut-être est-ce sur la question du «témoignage», comme modalité de l’agir chrétien, que l’échange avec Patrice de Plunkett est le plus stimulant.

  2. by SMWC on 8 mars 2018  2 h 12 min Répondre

    Non, je persiste. Il est inexact pour Luther de parler de conversion quand la personne a grandit dans un foyer chrétien, il serait plus approprié pour les luthériens et les réformés de parler déducation chrétienne, de discipulat mais certainement pas dune conversion pour quelquun qui est déjà baptisé. Je ne dis pas que les revivalistes ont inventé la conversion, je dis que ceux-ci ont inventé le schéma évangélique de conversion et sa nécessité. Et non, il ny a pas eu un avant et un après pour Luther, il y a eu premièrement des avant et des après, des crises et deuxièmement Luther ne dirait jamais quil est passé dun état dinconverti à un état de chrétien. Et non, pour être chrétien il faut être orienté vers Christ, pas nécessairement réorienté. Quand on a grandi dans une famille chrétienne on peut tout simplement avoir accepté avec foi ce que nos parents nous ont dit dès notre enfance. Dans un mois je publie sur mon blog Par la foi (www.parlafoiblog.wordpress.com) un article expliquant tout cela et comment la vision du baptême de Luther rend impossible une telle lecture de sa vie.

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