11e épisode : Grande épreuve de ma première mission

 
 
 

Introduction :

L’épreuve ne tarde pas à venir. Seulement deux ans après mon arrivée, éclate la rébellion qui force les missionnaires à fuir le Congo. Je me considère comme le mercenaire qui fuit quand le loup arrive mais on me fait comprendre que si nous quittons maintenant, c’est pour rester en vie et revenir au Congo dès que la situation sera plus calme.

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Deux ans après mon arrivée à Roby, c’est la rébellion au Congo. L’évêque nous
envoie un message en disant que nous devons quitter le Congo immédiatement car les rebelles se dirigent vers notre région. L’ordre est celui-ci : ne prendre que le bagage essentiel, l’avion est petit et il devra prendre toutes les onze sœurs car le danger est éminent.

Je conteste ce départ en disant que nous sommes comme les mercenaires qui se sauvent quand le loup arrive. Je veux rester avec la population. La supérieure de notre communauté et ma sœur Thérèse cherchent à me faire comprendre, je m’entête dans ma décision. Le curé de la paroisse vient à la maison me convaincre. Il me raconte ce qui m’arrivera quand je serai seule avec les militaires. Son langage est cru et direct. Il ne mâche pas les mots. En entendant parler de viol, je tremble de peur et je me rallie à mes compagnes.

L’avion est si petit qu’il ne peut prendre que trois sœurs, les trois plus jeunes, je suis parmi elles. Les autres sœurs doivent attendre le retour d’un autre avion plus grand que celui-ci. Nous arrivons à Basankusu, à une heure de trajet de Roby dans une mission tenue par des Sœurs Allemandes. Nous nous parlons par signes et nous nous comprenons.

Un avion plus grand va chercher les huit autres sœurs. Le risque est grand car la plaine d’atterrissage est petite. Elle avait été aménagée en cas d’urgence. En décollant, l’avion frôle le sommet des arbres à la grande crainte des passagères qui prient de toute leur âme. Nous sommes donc réunies toutes ensemble dans l’attente de l’avion qui nous amènera à la capitale : Kinshasa. Tout de suite le lendemain, l’avion arrive. Il peut prendre tout juste les onze sœurs.   Deux agents belges sont là sur la piste et pleurent à chaudes larmes. Ils nous disent qu’ils ont femme et enfants et ils ne veulent pas mourir. Les rebelles s’en viennent rapidement vers Basankusu où nous sommes. Nos deux Sœurs supérieures décident d’offrir leur place à ces messieurs et attendent une prochaine occasion, Nous n’avions pas à discuter, c’était leur choix.

Nous sommes parties, la mort dans l’âme car nous laissions deux sœurs sans savoir ce qui leur arrivera. A Kinshasa, nous ne sommes pas tranquilles. Les missionnaires sortent du pays à la centaine, ils regagnent leur pays respectif. Ce n’est qu’après quatre jours d’attente douloureuse, de prières intenses que nos sœurs nous arrivent, toute aussi heureuses que nous. L’ambassadeur du Congo à Kinshasa nous prend en charge. Les missionnaires belges pour la plupart ont rapidement des places sur les avions envoyés par la Belgique pour leur rapatriement. Les petites Canadiennes, en toute humilité et confiantes en la Providence attendent leur tour. L’ambassadeur communique tous les jours avec la Supérieure Générale à Lennoxville pour la rassurer.

Par malheur, je n’ai pas mon passeport. Il avait été envoyé à Kinshasa pour son renouvellement. Tous les matins, je me rends au bureau d’immigration, rempli à craquer de personnes qui attendent de l’aide. Des centaines de passeports, sont sur la table devant nous mais le mien n’y est pas. Le départ est fixé pour le lendemain. Je n’ai toujours pas mon passeport.

Je suis au bureau de l’immigration et je dis à l’agent, les yeux pleins de larmes : toutes mes compagnes partent demain. Je dois rester car je n’ai pas de passeport. Je vous le dis sincèrement, je n’ai pas d’argent à vous donner, je sentais bien que c’est ce qu’il attend. Nous avons tout perdu en quittant notre mission en vitesse. Il a pitié, il prend mon passeport sous les pattes de la table pour maintenir cette dernière en stabilité.

Ouf! Je suis sauvée. Durant les dix-huit jours d’attente à Kinshasa, quatre sœurs de notre groupe reçoivent une nomination de la supérieure générale pour se rendre en Tanzanie où elles travailleront jusqu’à la possibilité d’un retour au Congo. La directrice d’un grand collège à Kinshasa demande aux deux plus jeunes des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges, je suis une de celles-là, de rester dans la
capitale pour les aider dans l’enseignement parce quelques sœurs sont parties à Bruxelles par crainte du danger que Kinshasa passe aussi aux mains des rebelles. Nous envoyons un message à la supérieure générale pour avoir son consentement. La réponse ne tarde pas à venir : « Nous maintenons notre décision première : Hamel et Bolduc, reviennent au Canada ». Pas de discussion possible.

À suivre…

Par Soeur Lise Hamel

(Soeurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges)

Pour lire 12e épisode, cliquez sur ce lien 

10 Comments

  1. by Anonyme on 19 octobre 2016  5 h 41 min Répondre

    Dear Lise,
    You are truly a missionary, my dear Sister. With my admiration and congratulations, I praise the Lord for creating you and your parents for giving you birth into this world. In the midst of your life-story, I miss Therese Hamel whom I have never met though. Being your blood sister, you must be much more so. May she bless us from high above. Again, dear Lise, thank you so much for sharing and Celine for your valuable service.
    Louisa (from Macau)

    • by Lise Hamel on 21 octobre 2016  18 h 55 min Répondre

      Thank you very much dear Louisa. You follow us every day. You are also a missionary. You know these trials and joys also when we are working for the kingdom of the Lord.

  2. by Hélène on 18 octobre 2016  8 h 40 min Répondre

    Merci beaucoup à Sœur Lise et à vous Sœur Céline pour cette belle histoire vécue. Ce soir, en lisant, j'avais le frisson en pensant à ce qui aurait pu arriver, OUF ! Il faut vraiment avoir la vocation pour vivre ces difficultés et quand même vouloir rester ou y retourner.
    J'espère que ces écrits seront conservés et édités.
    Avec reconnaissance, Hélène

    • by Lise Hamel on 18 octobre 2016  14 h 31 min Répondre

      Tu es bien encourageante Hélène. C''est souvent après coup qu'on réalise le danger que l'on a courru. Peur de gens réalisent ce que les missionnaires rencontrent comme difficultés. Cela ne fait que renforcer leur conviction et leur désir de poursuivre leur route.

  3. by Carole on 17 octobre 2016  20 h 20 min Répondre

    C'est tellement passionnant mais comme vous avez eu de grande épreuves , j'en suis désolé pour vous. Merci pour prendre le temps de nous faire découvrir votre histoire.

    • by Lise Hamel on 18 octobre 2016  14 h 35 min Répondre

      J'ai le goût de te dire la même chose qu'à Hélène plus haut. La vie, pour chacun et chacune de nous est faite d'imprévues et de surprises, parfois heureuses, parfois accablantes. Mais la présence du Seigneur dans sa vie, si on y croit, est le meilleur anticorps au découragement. Jésus nous dit: "Courage, j'ai vaincu le monde."

  4. by Alain Hamel on 17 octobre 2016  19 h 23 min Répondre

    À chaque épisode je découvre un plus qui est ma tante Lise et j'en suis ravi !

    • by Lise Hamel on 18 octobre 2016  14 h 39 min Répondre

      Continue à me suivre, il reste encore plusieurs épisodes.... Merci pour ton encouragement.

  5. by Jean Beloin on 17 octobre 2016  18 h 52 min Répondre

    Chère Sr Lise,
    Je ne vous connais pas mais il me semble que nous avons un certain nombre de points en commun qui nous rapprochent.

    Vous dites: "Je me considère comme le mercenaire qui fuit quand le loup arrive..." J'ai l'impression que c'est un copier-coller avec le sentiment que j'ai vécu (et que j'ai plusieurs fois exprimé à mon entourage) lorsque j'ai dû, moi aussi, quitter le Zaïre (Congo) contre ma volonté. Dans mon cas, ce n'était pas les rebelles mais la maladie qui m'attaquait. Le verdict de la Sr médecin qui m'a soigné était sans appel, je devais revenir. Mais, elle aussi, a su me faire accepter, avant mon départ, ce retour non désiré. J'ai personnellement trouvé ça terrible de me sentir comme un traître qui "fuyait" ces personnes qui m'avaient tellement bien accueilli et dont je voulais tellement être solidaire... jusqu'au bout.
    Merci pour votre beau témoignage. Il me touche et j'ai hâte aux prochains épisodes.
    F. Jean Beloin S.C.

    • by Lise Hamel on 18 octobre 2016  14 h 43 min Répondre

      Je vous comprend très bien Jean. Vous apprendrez plus tard que je me trouve au Canada présentement pour une raison de santé. Mais je ne
      cesse de penser au retour. Pourtant, la vie ici est si facile en comparaison du pays où je travaille. Alors c'est inexplicable.

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